BOUDDHISME ET CHAN (ZEN)

SOMMAIRE

1. Vie du Bouddha 4. Bouddhisme chan ou zen
2. Les 4 vérités 5. Chronologie historique
3. Petit Véhicule et Grand Véhicule 6. Citations


Le bouddhisme (l'une des principales religions du monde), fondé sur les enseignements de Bouddha, apparaît au nord de l'Inde.

En 2001, il y avait 361 985 000 bouddhistes (56% mahayana, 38% theravada et 6% lamaïstes) à travers le monde 3.
En 2018, le nombre de bouddhistes dans le monde est évalué à 622 991 225 7.
En 2016, le bouddhisme comptait près de 600 000 fidèles en France.

1. Vie du Bouddha

Les premières informations disponibles sur la vie du Bouddha (= l’Eveillé), v. 563 -v. 483 av. J.-C., ne sont que des comptes-rendus.


Bouddha de Gandhara. 1er/2e siècle. Musée Guimet, Paris.

Le Bouddha (de son vrai nom Siddhârta Gautama, prince des Sakya), dit Shakyamuni (= sage des Sakya), naît, sous un sal, dans un bois sacré, à Lumbini (Rupandehi) au Népal.
Son père, Suddhodana, gouverne le royaume de Kosala qui correspond à l'actuel État indien de l'Oudh.
La légende dit qu'à sa naissance des maîtres de renom reconnaissent le prince comme un être exceptionnel, né, sans coopération d'aucun homme, de la reine Mayadévi à l’extraordinaire beauté [d’où son surnom de Maya (= illusion)] qui possède les 32 espèces de qualité (aucune autre femme n’est capable de porter ce premier des hommes).
L'enfant se met aussitôt debout ; il prend possession de l'Univers en se tournant vers les points cardinaux, puis fait 7 pas vers le nord.

Le jeune prince est élevé dans le luxe jusqu'à l'âge de 29 ans.
Puis il réalise combien sa vie a été vide et part en quête de la paix et de l’Eveil, cherchant à s'affranchir du cycle des renaissances.
Pendant quelques années, il pratique le yoga et se soumet à de rigoureuses pratiques ascétiques.
Après 7 années d'efforts, il abandonne cette approche qui ne le satisfait pas et suit une voie à mi-chemin entre une vie d'acceptation du monde et une vie de total renoncement.
Il s'assied sous un figuier pippal (connu depuis comme l'arbre de la Sagesse), médite, expérimente des états de conscience de plus en plus subtils ; il est bodhisattva, c'est-à-dire candidat à la dignité de Bouddha.
Au cours d'une nuit, assis sous son figuier, il reçoit l’Eveil et devient le Bouddha (= l’Eveillé).

Il se met à prêcher, allant de village en village, et, rassemblant un groupe de disciples, il forme une communauté de moines mendiants.
Il consacre le reste de sa vie à un enseignement purement oral (ce n'est qu'après sa mort que sa doctrine sera retranscrite par ses disciples).
Il meurt, âgé de 80 ans, dans une forêt, à Kusinagara (aujourd’hui Kasia, à 175 km au nord-ouest de Patna) où il a fait halte au cours d’un long voyage à pied.

Une légende chinoise, réfutée par les hindous, identifie le Bouddha à Lao-Tseu.


2. Les 4 vérités

L'enseignement du bouddhisme peut se présenter par ces 4 grandes vérités fondamentales :

- La Première Vérité énonce que tout est éphémère ; les joies momentanées que nous éprouvons ont nécessairement une fin, ce qui occasionne de nouvelles douleurs. Le moi n'est que temporaire et subit naissance et mort, tandis que la conscience est seule soumise aux enchaînements karmiques qui occasionnent les réincarnations.

- La Seconde Vérité précise que le malheur des êtres provient de leurs désirs des choses de la vie et de leur volonté de vivre toujours.

- La Troisième Vérité est le résultat de l'acquisition des deux premières. Si l'on parvient à supprimer les désirs, les frustrations et souffrances qui en découlent disparaîtront.

- La Quatrième Vérité enseigne comment réaliser sa libération de l'enchaînement karmique, comment parvenir à la méditation pure, comme celle qui permit à Siddhârta de devenir Bouddha.


3. Petit Véhicule et Grand Véhicule

Le bouddhisme est scindé en deux grandes tendances :
- la doctrine primitive ou Theravada, dite encore Hinayana ou Petit Véhicule
- le Mahayana ou Grand Véhicule qui se développa dès le Ier siècle.

Le philosophe de l'Inde du Sud, Nagarjuna (fin du IIème s. apr. J. C.), le plus grand théoricien de la doctrine madhyamika (la voie du milieu), donne au bouddhisme du Mahayana une orientation décisive.
Nagarjuna expose huit préceptes proches du jainisme : "S'abstenir de tuer, de voler, de commettre l'acte sexuel, de mentir, d'ingérer de l'alcool, de manger à des heures indues, de s'asseoir avec plaisir sur des sièges élevés, de chanter, de danser et d'arborer des ornements" 2.

Le bouddhisme mahayana admet un paradis, un enfer et un juge souverain : Ksitigarbha.

Le bouddhisme s'est répandu en Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande, au Cambodge, en Birmanie et au Laos, où la forme dominante est le Theravada ; le Mahayana est surtout représenté en Chine, au Japon, à Taïwan, au Tibet, au Népal, en Mongolie, en Corée, au Viêt-Nam, ainsi qu'en Inde.


4. Bouddhisme chan, bouddhisme zen

Les spéculations taoïstes fusionnées avec des concepts bouddhistes donnent naissance au bouddhisme chan, devenu zen au Japon.
Le zen, une des formes les plus tardives du bouddhisme, est l'école de la méditation (dhyâna) apportée de Chine au Japon par des moines qui reçoivent les laïcs dans leurs monastères.
Le zen consiste à rechercher la sagesse et la maîtrise de soi par la méditation, une vie simple et naturelle, une discipline rigoureuse et la pratique de toutes sortes de travaux physiques (le zen considère les travaux manuels comme un support à la méditation).

Le but du zen est de parvenir à l'illumination (satori) sans que soit exigé un travail intellectuel ni une recherche spirituelle ou philosophique.
Il suffit de découvrir intuitivement la nature de Bouddha comme le dévoilent les koans, sorte de problèmes insolubles qui démontrent que le raisonnement et l'intelligence ne sont pas nécessaires pour que s'éveille la prajna (sagesse) qui sommeille dans tout être humain.
L'intuition est jugée supérieure au raisonnement intellectuel, car le zen n'a pour objectif que le développement de l'être et la connaissance de soi selon l'aphorisme : « Regarde en toi, tu es le Bouddha ! ».


5. Chronologie historique

65 : en Chine, première référence officielle concernant la religion bouddhiste.

68 : l'empereur Mingdi (58-75) fait construire le premier temple bouddhiste de Chine : le monastère du Cheval Blanc à Luoyang (Hénan).

Vers 127/147. Sous le règne de Kanishka Ier [127 1-147], le concile bouddhique de Kundalavana (Cachemire), définit les fondements du bouddhisme du Grand Véhicule : il est à l’origine de la division entre Grand et Petit Véhicule

277 : le lundi 26 février, Mani (ou Manès), fondateur du manichéisme, autoproclamé dernier prophète de la lignée des Zoroastre (ou Zarathoustra), Bouddha et Jésus, est mis à mort par le roi de Perse.

Vers 350 : apparition du bouddhisme zen au Japon.

448 : en Chine, le bouddhisme devient religion d’état.

Le 7 mai 504, l'empereur de Chine Wudi Liang (Xiao Yan), converti au bouddhisme, proscrit les communautés taoïstes qu'il persécute.

552 : Introduction du bouddhisme au Japon : le souverain de Paekche, un royaume de Corée, a fait parvenir des sculptures et des textes bouddhiques à la cour du Japon.

594 : le prince régent Shotoku fait publier un décret par lequel il déclare le bouddhisme religion d’État au Japon.

607 : au Japon, le shintoïsme est détrôné par le bouddhisme.

641 : le prince tibétain Srong-btsan Sgam-po succède au roi Nam-ri (empoisonné) ; il épouse 2 princesses bouddhistes (l’une chinoise, l’autre népalaise) ; il fonde Lhassa et fait construire la forteresse (le Potala) et des monastères (religion Bôn).

Le 5 mai 685, le bouddhisme devient religion d'État au Japon.

731 : 16 juillet, sur ordre de l’empereur de Chine, Xuanzong, un évêque manichéen compose le Catéchisme de la religion du Buddha de Lumière, Mani (Moni guangfo jiao fa yi liüe) : ce texte, adroit mélange de taoïsme, de bouddhisme et de manichéisme et présentant Laozi et Sakya-muni comme des précurseurs ou des avatars antérieurs de Mani, est destiné à renseigner les autorités sur les dogmes, les Écritures, la discipline de la secte afin de la faire agréer officiellement. En 732, un édit accorda la liberté de culte à la doctrine de Mo-mo-ni (Mar Mani) 6.

792 : au Tibet, le bouddhisme devient la religion officielle.

845 : en Chine, l’empereur Wuzong étant favorable au taoïsme, toutes les religions étrangères sont interdites et plus particulièrement le bouddhisme (sécularisation des moines, monastères détruits).

847 : l’empereur de Chine rouvre des couvents bouddhistes.

850 : disparition du bouddhisme dans le Nord de l’Inde ; l’hindouisme et le jaïnisme le remplacent.

1192 : en Inde, Mohammed de Ghor commence l’élimination des moines bouddhistes.

1197 : le centre d’études bouddhiques de Nâlandâ (Inde) est détruit par les musulmans.

1227 : le moine bouddhiste Dogen (1200-1252) introduit au Japon le bouddhisme Zen.

Le 28 avril 1253, Nichiren, moine bouddhiste japonais, fonde le Bouddhisme de Nichiren : les écoles principales de la branche sont la Nichiren Shū, la Nichiren Shōshū et de nombreux mouvements bouddhistes laïcs comme la Sōka Gakkai, le Risshō Kōsei Kai ou le bouddhisme Reiyukai.

1281 : en Chine, le taoïsme est proscrit par l’empereur Kubilay Khan au profit du bouddhisme.

1950 : le 7 octobre, Mao Zedong donne l’ordre à l’armée de la République populaire de Chine d’envahir le Tibet considéré comme une province chinoise. Dès cette occupation, la région souffre de la violente politique d’assimilation chinoise : persécution des nombreux adeptes du bouddhisme lamaïque (le dalaï-lama part en exil en 1959), répression sanglante de toute velléité d’indépendance ou d’opposition au régime communiste, imposition du mandarin comme langue officielle, sinisation forcée.

1955. En octobre, proclamation de la République du Vietnam du Sud ; les catholiques s’opposent aux bouddhistes.

2009. Le 17 mai, des reliques du Bouddha (trouvées en Inde au XIXème siècle, lors de l'écroulement d'un stupa) sont installées à la Grande Pagode de Vincennes, un des pavillons construits pour l'Exposition coloniale de 1931, qui devient ainsi le haut-lieu spirituel du bouddhisme en Occident. L'Union bouddhiste de France (UBF) assure que l'installation en France de ces reliques a fait l'objet d'une prédiction et qu'elle symbolise un passage de relais du bouddhisme entre l'Orient et l'Occident. Il existe plusieurs reliques du Bouddha : pour remercier l'ONU d'avoir décrété jour férié la fête du Vesak, la Thaïlande, le Sri Lanka, ainsi que le Myanmar ont transféré douze de ses ossements au siège des Nations unies, à New York.

Le 26 janvier 2014, plus de 2 000 chrétiens du Sri Lanka défilent dans les rues de la capitale, Colombo, afin de protester contre l’augmentation des attaques antichrétiennes des bouddhistes extrémistes, toutes menées par des bonzes, et réclamer le droit à la liberté de religion 5.

Le 7ème colloque bouddhiste-chrétien, qui se tient en Thaïlande du 13 au 16 novembre 2023 a pour thème : "Karuna et Agape en dialogue pour la guérison d'une humanité et d'une terre blessées", Karuna signifiant compassion. « En tant que bouddhistes et chrétiens, nous considérons Jésus et Bouddha comme de grands guérisseurs. L'avidité et le péché étaient pour Jésus et Bouddha, des causes de souffrance. Tous deux, à bien des égards, ont proposé l'amour et la compassion comme remède pour chasser les ténèbres du cœur humain et du monde. Tous deux, forts de leurs spiritualités bouddhiste et chrétienne, ont adopté depuis des milliers d'années des modes de vie empreints de compassion pour faire face à la souffrance de la vie ».


6. Citations

Ton travail est de découvrir ton travail, puis de le faire de tout ton coeur. (Bouddha)

Si un homme tue cent hommes, et qu'un autre apprend à se maîtriser, c'est le second qui est le meilleur guerrier. (Bouddha)

Pour bénéficier d'une bonne santé, pour rendre sa famille heureuse, on doit d'abord discipliner et contrôler son esprit. (Bouddha)

Ne blesse pas les autres par des moyens que tu trouverais toi-même blessants. (Udana-Varga, 5:18)

J'ai peine à croire qu'on puisse faire un Français d'un bouddhiste. (Xavier Saintine 1798-1865)

L'humanité a été tour à tour, fétichiste, idolâtre, chrétienne et bouddhiste, juive et mahométane, déiste et panthéiste. (Proudhon 1809-1865)

Si le bouddhisme est prôné de nos jours avec tant de faveur dans certains milieux européens, c’est que tous les esprits qui veulent tirer de l’humanitarisme une morale de bonté pour un monde sans Dieu sont déjà virtuellement bouddhistes (Jacques Maritain, Eléments de philosophie, 1920/1923)

Dans le liquide ambré qui emplit la tasse de porcelaine ivoirine, l'initié peut goûter l'exquise réserve de Confucius, le piquant de Laotsé, et l'arôme éthéré de Cakyamouni lui-même. (Okakura Kakuzo, Le Livre du Thé, 1976)


Notes
1 La découverte d'une inscription dans les années 1990 a permis de situer avec certitude l'an 1 de Kanishka en 127.
2 D. Hiilsman / M.-A Malfray, op. cit
3 Britannica Book of the year 2001
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Notions_de_dieu_et_de_divinit%C3%A9_dans_le_bouddhisme
5 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil14sem/semaine05/213nx051asiec.html
6 Dictionnaire des Idées & Notions en Religion: Les Dictionnaires d'Universalis
7 https://bouddhismes.net/index.php?option=com_content&view=article&id=43:les-bouddhistes-dans-le-monde&catid=21&Itemid=131

Sources


Voir Lamaïsme, Shintoïsme, Confucianisme, Taoïsme


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : compilhistoire.fr ; reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

Date de mise à jour : 22/05/2024

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