Les Saintes Maries
et autres saints et saintes débarqués en Gaule

SOMMAIRE

1. Le débarquement en Gaule 5.1 Son ermitage et ses reliques.
2. Marie-Jacobé, Marie-Salomé et Sara 5.2 Évangile selon Philippe
3. Lazare 5.3 Évangile de Marie
4. Marthe 5.4 Le baiser des premiers chrétiens
4.1 La Tarasque 5.5 Jésus et Marie-Madeleine
4.2 Citation 5.6 Citations
5. Marie-Madeleine 5.7 Dictons


1. LE DEBARQUEMENT EN GAULE

Selon la tradition et la légende, après l'Ascension de Jésus-Christ,

- Marie-Jacobé épouse de Clopas ou Cléophas (le frère cadet de Joseph d'après Hégésippe cité par Eusèbe de Césarée 10) et mère de Jacques le Mineur, de Joseph ou Joset dit Barsabas le Juste (un des 72 disciples), de Simon le Zélote et de Jude (ou Thaddée) ;

- Marie-Salomé, ou simplement Salomé, peut-être une autre sœur de la Vierge marie ; femme de Zébédée, un des patrons-pêcheurs de Bethsaïde, et mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean l’évangéliste ; une de celles qui suivaient Jésus et le servaient et se trouvèrent au pied de la croix ; dite la Myrophore (= porteuse de parfum, d'aromates) parce qu'elle fut l'une des femmes qui se rendirent au tombeau de Jésus pour embaumer son corps et qui, le dimanche matin de Pâques, trouvèrent le tombeau vide ; Salomé est considérée, selon certaines sources, comme l'une des deux sages-femmes (l'autre étant Abigail) ayant aidé la Vierge à mettre Jésus au monde ; selon le Protoévangile de Jacques, un texte apocryphe du 2e siècle, Salomé était la sage-femme de Bethléem et fut appelée à assister l’accouchement de Marie, mère de Jésus, dont elle ne pouvait croire qu’elle était encore vierge. Parce qu'elle souhaita ausculter Marie pour réfuter cette affirmation, sa main fut brûlée, puis soignée dès qu'elle toucha l'enfant tout juste né (https://www.sciencesetavenir.fr).

- ainsi que leur servante Sara l’Egyptienne (pour la plupart des Gitans dont elle est la sainte patronne, Sara la Kali (Sara la Noire), vivait en Provence avant l'arrivée des Maries et a été convertie par elles) ;

- Lazare de Béthanie (ressuscité par Jésus) et ses deux sœurs Marthe et Marie : cette dernière est très souvent confondue avec la pécheresse anonyme (Luc 7,37-50), et avec Marie de Magdala de laquelle Jésus chassa 7 démons (Luc 8,2), celle qui fut la première à trouver le tombeau vide et à voir le Christ ressuscité (Jean 20,11-18), celle dont Augustin d'Hippone dira (Sermon 132,1) : « L’Esprit Saint fit de Marie-Madeleine l’apôtre des apôtres », celle qui, selon une tradition ancienne, aurait suivi Jean et Marie (la mère de Jésus) à Éphèse pour échapper aux persécutions lancées contre les chrétiens en Palestine. A moins qu’il ne s’agisse d’une seule et même personne, hypothèse admise chez les catholiques depuis Grégoire Ier, pape de 590 à 604, qui considérait que Marie de Magdala ne faisait qu'une avec Marie de Béthanie ainsi qu'avec la pécheresse qui oignit le Christ de parfum. Au commencement du XVIe siècle, surtout, cette question de l'unité de Madeleine fut vivement agitée : la Sorbonne déclara le 1er décembre 1521, qu'il n'y avait qu'une Madeleine (déjà, en 1140, Gérard de Nazareth avait écrit De una Magdalena contra Graecos) ; cette discussion fut reprise par Tillemont, le Père Lamy de l’Oratoire, Bossuet et Fleury ; ces identifications, toujours refusées par les Eglises d'Orient depuis Jean Chrysostome (+ 407) qui faisait la distinction entre ces personnages, ne semblent plus admises aujourd'hui ; après Vatican II, l'Église catholique célébre Marie de Magdala le 22 juillet, tandis que Marie de Béthanie l'est avec sa sœur Marthe le 29 juillet ;

- Manille, suivante de Marthe (Manille écrira la vie de Marthe puis elle ira en Esclavonie où, après avoir prêché l’évangile, elle mourra en paix, dix ans après Marthe) ;

- Maximin, intendant de Lazare et de ses sœurs, qui sera le 1er évêque d’Aix en Provence ;

- Marcelle et Suzanne (l'une des femmes-disciples de Jésus : cf. Luc VIII, 3 et la mariée de Cana) qui sont aussi à leur service ;

- Sidoine (Cedonius), l’aveugle de naissance guéri par Jésus (Jean, IX), qui sera le 2ème évêque d’Aix en Provence (il aurait été auparavant le premier évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme, sous le nom de Restitut) ;

- Joseph d'Arimathie, porteur du précieux Graal et de la Sainte Lance de Longinus ;

- Amadour (ou Amateur) qui s’établira dans une grotte à Rocamadour où il mourra après avoir sculpté dans un tronc d'arbre une statue de la Vierge ; en lui, une tradition du Quercy voit Zachée, l'hôte du Christ et le mari de Véronique qu'une version plus fiable fait débarquer tous deux à Soulac en Médoc (où mourra Véronique) ; une autre légende confond Zachée avec Sylvain, l'ermite de Levroux dans le Berry ;

- Trophime qui sera le premier évêque d'Arles ;

- et peut-être d’autres encore...,

sont chassés de Judée par les Romains qui les font embarquer sur un bateau phénicien ayant jeté l'ancre à Jaffa et en partance pour Aigues Mortes où il doit livrer une cargaison d'huile et de vin... En arrivant à quelques kilomètres d'Aigues-Mortes, le capitaine décide de les abandonner à quelques kilomètres du rivage, car au premier siècle il n'existe qu'un port à Aigues-Mortes et pas de profondeur pour les navires. Le capitaine met une chaloupe à la mer qui dérive jusqu'à la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer....4
Vers 43/45, les Marie et leurs compagnons et compagnes abordent donc, sains et saufs, sur le littoral de la Gaule près de l'emplacement actuel de la ville des Saintes-Maries (vraisemblablement un ancien oppidum ligure) qui se trouve alors à l’intérieur des terres, puis répandent la parole du Christ dans la région. 5

En 513, Césaire, archevêque d’Arles, crée une église aux Saintes-Maries-de-la-Mer : Sancta Maria de Ratis (Sainte Marie de la Barque) qui deviendra (toujours aussi singulièrement) Notre-Dame de Ratis ou Notre-Dame de la Barque et même Notre-Dame de la Mer.

Martyrs perses homophones

Les noms de 5 vierges martyrisées en Perse (aujourd'hui Hazza en Irak) le 6 juin 347, Thècle (ou Thécla), Marthe, Mariamne (ou Marie), Marie et Ama (ou Ennatha ou Enneim) se retrouvent, dans le sud de la France : Thècle à Chamalières (63), Marthe à Tarascon, les deux Marie aux Saintes-Maries-de-la-Mer et Enneim à Sainte-Enimie (48) 11 13.
Autres martyrs persans : le prêtre Jacques (souvent confondu avec l'Apôtre Jacques le Majeur dont la tête était vénérée aux Saintes-Maries) et sa soeur Mariam mis à mort le 17 mars 347 14, et Sara martyrisée le 10 décembre 352 13.
Les reliques vénérées aujourd’hui dans nos basiliques et églises seraient-elles celles de ces martyrs perses homophones ? On sait que, du Vème au VIIIème siècle, beaucoup de reliques d'Orient furent apportées en Gaule.
A Chamalières (63), sont vénérées officiellement, depuis le VIIe siècle, les reliques de Thècle d’Iconium, disciple de Paul, morte à Séleucie au Ier siècle. Une légende raconte toutefois que Thècle aurait traversé les mers pour fuir les persécutions ; arrivée en Gaule, elle aurait franchi les Cévennes.


2. MARIE-JACOBE, MARIE-SALOME ET SARA

Marie-Jacobé, Marie-Salomé et Sara restent en Camargue.
L'endroit où elles sont ensevelies (c’est Trophime, venu d'Arles, qui leur donne les derniers sacrements) devient un important lieu de culte et de pèlerinage chrétien ainsi qu'une halte sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (fils de Marie-Salomé).
L'église de Notre-Dame de la Barque (ou Notre-Dame de Ratis), édifiée au XIe ou XIIe siècle sur les ruines d'un oratoire, se présente comme une forteresse, la chapelle haute formant un véritable donjon et renfermant un puits en cas de siège.
Les reliques des mères des deux Jacques sont conservées dans la chapelle haute tandis que celles de Sara, la vierge noire, se trouvent dans la crypte.
Le roi René d'Anjou (1409-1480) officialise le culte des Saintes Maries après la découverte, sous l’église, en novembre 1448, des reliques de Marie-Jacobé et de Marie-Salomé. Les fouilles ayant également mis au jour une tête d'homme, on y vit la tête de Jacques 1 apportée par sa mère Marie-Salomé. 12
Aujourd'hui encore, les 24 et 25 mai et le 22 octobre, les pèlerinages accueillent une foule nombreuse.
Celui de mai est surtout fréquenté par les Gitans qui viennent, de tous les pays, fêter Sara le 24 et les Maries le 25 ; tous les trois ou quatre ans, ils élisent leur reine aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
En 1953, dans le but d’éclipser le culte de Sara, l'aumônerie nationale introduit dans la procession une statue de Notre Dame des Gitans, qui fut bénie par l'archevêque de Lourdes en 1958 et couronnée par le pape Paul VI en 1965 (la plupart des Gitans catholiques la considèrent comme leur véritable patronne). En 1967, l’archevêque d’Aix, Monseigneur de Provenchères, reconnaît officiellement l’ancienneté de Sara et donc la valeur et la validité de son culte : "Le culte de Sainte Sara est un culte immémorial. C’est pourquoi je le maintiens sous sa forme traditionnelle. Comme beaucoup d’autres Saints, il n’est pas possible de donner des précisions vraiment historiques sur le personnage de Sainte Sara. Mais c’est aux historiens et non à l’évêque d’approfondir ce problème".


3. LAZARE

Selon la légende, Lazare, premier évêque de Marseille, est décapité sous le règne de Domitien, le 17 décembre 94. C'est au-dessus de sa sépulture que sera construite l'abbaye de Saint-Victor fondée au Ve siècle par le moine Jean Cassien. Au VIIIe ou Xe siècle, pour éviter qu’elles ne soient profanées par les Sarrasins, les reliques de Lazare sont transférées à Autun ; Marseille conserve néanmoins la tête de son saint apôtre. Certains pensent que les reliques que l'on vénère à la cathédrale Saint-Lazare d'Autun ne sont pas celles du Lazare biblique, mais plutôt celles d'un Lazare qui fut archevêque d'Aix vers 408/411. Le tombeau de Lazare, qui aurait été nommé évêque à Chypre par Pierre, est toujours très visité à Larnaka. Lazare et sa soeur Marthe sont fêtés le 29 juillet.


4. MARTHE

Vers l'an 68, Marthe meurt à Tarascon où elle a vaincu la Tarasque, un monstre légendaire. Une légende dit que Jésus lui-même est venu l'accueillir à la porte du paradis.
Durant les invasions sarrasines, les reliques de Marthe sont enfouies dans une église souterraine.
En 1187, l'archevêque Imbert d'Aiguières préside leur élévation solennelle et reconnaît leur authenticité.

4.1 La Légende de la Tarasque

Il y avait alors le long du Rhône, dans un bois entre Arles et Avignon, un dragon qui était comme un poisson à partir de la moitié du corps, plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, et qui avait la gueule garnie de dents énormes. Il attaquait tous les voyageurs qui passaient sur le fleuve et il submergeait les embarcations. Il était venu par mer de la Galatie où il avait été engendré d'un serpent marin, et tout ce qu'il touchait était frappé de mort. Marthe, émue des prières du peuple, entra dans le bois où elle trouva le monstre qui était en train de manger. Elle jeta sur lui de l'eau bénite et lui présenta une croix. Alors le monstre, devenu doux comme un agneau, se laissa attacher. Marthe lui passa sa ceinture autour du cou, et le peuple vint le tuer à coups de lance et de pierres. Ce dragon s'appelait la Tarasque et, en mémoire de cet événement, l’endroit fut nommé Tarascon.
Le roi René créa, vers 1458, un Ordre de la Tarasque réservé aux jeunes gens à qui l’on accordait le droit de porter en sautoir une effigie dorée de la bête, pendue à un ruban de pourpre.

4.2 Citation

Sainte Marthe ne laissait pas d’être une sainte bien qu’on ne dise pas qu’elle fut contemplative…Si nous restions en contemplation comme Madeleine, il n’y aurait personne pour donner à manger à cet hôte divin. Que les sœurs se rappellent qu’il doit y avoir parmi elles quelques autres qui préparent le repas du Seigneur. Qu’elles s’estiment heureuses de le servir comme Marthe. (Thérèse d’Avila + 1582)


5. MARIE-MADELEINE

5.1 Son ermitage et ses reliques.

Après avoir prêché à Marseille, Marie-Madeleine ou Marie de Magdala, que Grégoire Ier, pape de 590 à 604, considérait comme ne faisant qu'une avec Marie de Béthanie ainsi qu'avec la pécheresse anonyme qui oignit le Christ de parfum, se retire dans la grotte de Sainte-Baume pendant 30 ans. C’est dans cette grotte que, selon la tradition compagnonnique, Maître Jacques, l’un des constructeurs du Temple de Salomon, aurait trouvé refuge après son différend avec Soubise, et qu’il aurait été tué de cinq coups de couteau portés par des disciples de ce dernier. Vêtue seulement de son abondante chevelure, Madeleine n’a pour nourriture que les chants des anges qui l'élèvent quotidiennement dans les cieux, 7 fois par jour. A sa mort, du Saint-Pilon qui couronne la Sainte-Baume, les anges enlèvent son âme au ciel. Maximin, l’un des 72 disciples du Christ et premier évêque d’Aix en Provence, enterre son corps dans une crypte.
Sainte Marie-Madeleine, fêtée le 22 juillet, est la patronne des distillateurs, des pécheurs et des pécheresses.
En 1969, le pape Paul VI déclare qu’elle ne doit plus être fêtée comme « pénitente », mais comme « disciple », l’Église catholique ne la considérant plus comme une prostituée repentie. Le 10 juin 2016, le pape François élève la mémoire liturgique de sainte Marie-Madeleine au rang de fête liturgique dans le Calendrier romain ; sainte Marie Madeleine est aujourd'hui définie dans la nouvelle préface de la messe comme l’apôtre des apôtres. En prenant cette décision, le pape François a souligné l'importance de cette femme, la première à voir le visage du Ressuscité parmi les morts, la première que Jésus appelle par son nom, la première à recevoir de Jésus-Christ lui-même la mission d'annoncer sa résurrection (Évangile de Marc, XVI 1s ; Évangile de Matthieu, XXVIII 9 ; Évangile de Jean, XX 18).


Assomption de Marie Madeleine par José de Ribera (1636)

- SAINT-MAXIMIN :

Au Ve siècle, Jean Cassien découvre les restes de Madeleine et les confie à la communauté des Cassianites qu'il a fondée à Saint-Maximin.
Lorsque les Sarrasins attaquent la ville en 716, on cache les reliques de la sainte dans le sarcophage de saint Sidoine, et l'on mure la crypte.
Le 9 décembre 1279, le futur comte de Provence, Charles II d’Anjou, neveu de saint Louis, redécouvre à Saint-Maximin les reliques de Marie-Madeleine. En 1295 il édifie la basilique royale de Saint-Maximin pour y placer les reliques que le pape Boniface VIII confie à la garde des Dominicains.
La basilique renferme un reliquaire contenant un crâne complet, vénéré comme étant celui de Marie-Madeleine, et les sarcophages de Maximin, de Marcelle, de Suzanne et de Sidoine.
A la Sainte-Baume, l'extrémité inférieure d'un tibia droit, un petit éclat osseux de boîte crânienne et quelques cheveux enroulés et conservés dans un tube de verre sont présentés comme des reliques de Marie de Magdala.
A l'église de la Madeleine, à Paris, un reliquaire renferme un fémur gauche vénéré comme une relique de la sainte.
En 1974, le rapport anthropologique des docteurs G. et S. Arnaud du Laboratoire de restauration et de recherches de l'Institut d'archéologie méditerranéenne (C.N.R.S.) conclut que les ossements dits de Marie-Madeleine provenant de la crypte de la basilique de Saint-Maximin et de l'église de la Madeleine à Paris appartiennent à une femme de 1 m 48, âgée d'environ 50 ans, de type méditerranéen gracile.

- VEZELAY :

A Vézelay (Yonne), on prétend aussi posséder des reliques de Madeleine. En 882, un moine nommé Badilon, envoyé par Girard de Vienne fondateur de Vézelay, serait venu les prendre dans la crypte de Saint-Maximin pour les soustraire aux Sarrasins, et les aurait transportées à l'abbaye de Vézelay. Selon les moines de Saint-Maximin, la dépouille de la sainte n'était plus dans son tombeau car, à l'approche des Sarrasins, elle avait été cachée dans le tombeau de saint Sidoine dont les restes avaient été placés dans le tombeau de Madeleine. Par conséquent, les ossements de Vézelay seraient ceux de Sidoine.
La bulle du pape Léon IX du 27 avril 1050 place officiellement l'abbaye de Vézelay sous le patronage de Marie-Madeleine. En 1096, l'abbé Artaud entreprend l'édification de la basilique Sainte-Madeleine, dans la crypte de laquelle sont placées les saintes reliques. Lors de sa venue, en 1267, saint Louis confirme l'authenticité des reliques de Marie-Madeleine, ce qui n’empêche pas le déclin de Vézelay avec la découverte en 1279 des reliques de la sainte à Saint-Maximin.
De nouvelles reliques de Marie-Madeleine sont confiées à la basilique de Vézelay en 1870 et 1876.

- EPHESE :

En 590, Grégoire de Tours mentionne le tombeau de Marie-Madeleine à Ephèse, sans autre précision : « Dans cette ville repose Marie-Madeleine, n'ayant au-dessus d'elle aucune toiture ». 6
« Quelques auteurs, parmi lesquels il faut distinguer le janséniste Tillemont, qui, d'après Photius et Launoy, s'appuie sur le témoignage de plusieurs écrivains grecs du VIIe siècle et des siècles postérieurs, prétendent qu'elle (Madeleine) accompagna Jean et Marie, mère de Jésus, à Ephèse, où elle mourut et où elle fut enterrée en l'an 90. En 869, l'empereur Léon le Philosophe, toujours d'après les mêmes auteurs, aurait fait transporter son corps d'Ephèse à Constantinople où il fut déposé dans l'église Saint-Lazare. En 1216, les croisés s'emparèrent de ces reliques et les apportèrent au pape Honorius III qui les fit enfermer à Saint-Jean-de-Latran, sous un autel dédié à l'amie du Christ. Il est dit encore, dans l'Histoire de Fleury, que, dès l'an 1146, on croyait avoir le corps de la Madeleine à Vézelay, et que, en 1267, le roi saint Louis, accompagné du légat Simon de Brie, alla à Vézelay où il assista à la translation des reliques de sainte Marie-Madeleine d'une châsse à l'autre. Une autre tradition veut que Madeleine soit allée mourir avec Lazare et sa sœur Marthe en Provence, près de Saint-Maximin, au sommet de ce qu'on appelle les petites Alpes, dans le lieu nommé, à cause d'elle, la Sainte-Baume ». 7


5.2 Evangile selon Philippe

L'évangile apocryphe de Philippe (fin du IVe siècle), texte gnostique, indique que Marie-Madeleine est la koinonos (= compagne) de Jésus : « Ils étaient trois qui marchaient toujours avec l'Enseigneur : Marie sa mère, la sœur de sa mère et Marie de Magdala qui est connue comme sa compagne car Marie est pour lui une sœur, une mère et une épouse ». (traduction de JY Leloup)
Autre traduction 8 : « Il y en avait trois qui marchaient toujours avec le Seigneur : Marie sa mère et sa sœur et Madeleine appelée sa compagne. Sa sœur, sa mère et sa compagne étaient chacune Marie. » (26)
« Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le Seigneur l'aimait plus que tous les disciples et il l'embrassait souvent sur ... (ndlr : le texte comporte un vide à cet endroit, vide que la plupart des spécialistes comblent par : "la bouche"). Les disciples le voyaient et ils lui dirent : Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? Le sauveur répondit et leur dit : Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu'elle ? Un aveugle et quelqu'un qui voit, quand ils sont tous deux dans l'obscurité ne se distinguent pas l'un de l'autre. Si la lumière vient, alors celui qui voit verra la lumière alors que celui qui est aveugle demeurera dans l'obscurité » (44 b, 45).


5.3 Evangile de Marie

L'évangile apocryphe de Marie, texte gnostique du IIe siècle, montre que Marie-Madeleine a reçu de Jésus un enseignement d'initié et que Pierre refuse de prêter foi à la parole de celle-ci : « Pierre ajouta : « Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L'a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? » Alors Marie pleura. Elle dit à Pierre : « Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ? Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? Ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ?» Levi prit la parole : « Pierre, tu as toujours été un emporté ; je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires. Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Maître la connaît très bien. Il l'a aimée plus que nous. Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ; laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé. Partons annoncer l'Évangile sans chercher à établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin ». (pages 17-18)


5.4 Le baiser des premiers chrétiens

Chez les gnostiques, l’étreinte et le baiser signifient la transmission du souffle divin à l’initié.
Un texte gnostique, la deuxième Apocalypse de Jacques, décrit le Christ ressuscité appelant Jacques « mon bien-aimé » et l’embrassant sur la bouche.
En 1764, Voltaire écrit dans son Dictionnaire philosophique, au mot Baiser : « Les premiers chrétiens et les premières chrétiennes se baisaient à la bouche dans leurs « agapes » (ce mot signifiait « repas d’amour ». Ils se donnaient le saint baiser, le baiser de paix, le baiser de frère et de sœur (…) La secte des piétistes, en voulant imiter les premiers chrétiens, se donne aujourd’hui des baisers de paix en sortant de l’assemblée, et en s’appelant « mon frère, ma sœur » (…) L’ancienne coutume était de baiser sur la bouche ; les piétistes l’ont soigneusement conservée. Il n’y avait point d’autre manière de saluer les dames en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre ; c’était le droit des cardinaux de baiser les reines sur la bouche, et même en Espagne. Ce qui est singulier, c’est qu’ils n’eurent pas la même prérogative en France, où les dames eurent toujours plus de liberté que partout ailleurs (…) C’eût été une incivilité, un affront, qu’une dame honnête, en recevant la première visite d’un seigneur, ne le baisât pas à la bouche, malgré ses moustaches. « C’est une déplaisante coutume, dit Montaigne, et injurieuse aux dames, d’avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à sa suite, pour mal plaisant qu’il soit. » Cette coutume était pourtant la plus ancienne du monde. S’il est désagréable à une jeune et jolie bouche de se coller par politesse à une bouche vieille et laide, il y avait un grand danger entre des bouches fraîches et vermeilles de vingt à vingt-cinq ans ; et c’est ce qui fit abolir enfin la cérémonie du baiser dans les mystères et dans les agapes… »

L'historien grec Hérodote (mort vers 420 av. JC.) évoque la pratique du baiser chez les Perses : le baiser s'effectuait lèvres à lèvres pour les personnes de même statut social, alors que celles d'un rang inférieur devaient embrasser le sol ou les pieds de leurs supérieurs 2.

En Rome antique, il existait un terme différent pour chaque type d’embrassade socialement codée : l’osculum, une simple bise, sur la main ou la joue ; le basium, lèvre contre lèvre mais bouche fermée, censé être non-romantique, entre amis ; le savium, le baiser sur la bouche (Troel Pank Arboll et Sophie Lund Rasmussen).


5.5 Jésus et Marie-Madeleine

Certains prétendent que Madeleine est l’épouse de Jésus, qu’ils ont 2 enfants, qu’ils s’installent dans la Narbonnaise et qu’ils construisent un temple souterrain dans la région.
Le baron d'Holbach, dans son Histoire critique de Jésus-Christ (1770), parle assez longuement de Madeleine, qu'il accuse d'avoir eu des complaisances criminelles pour Jésus. Il est vrai qu'il se décharge de l'accusation sur l'abbé de Labaume Desdonat, auteur de la Christiade, lequel à son tour s'en décharge sur les albigeois.
Dans un livre intitulé Mon Dieu… pourquoi ? coécrit avec le directeur du Monde des Religions, Frédéric Lenoir, et publié chez Plon en 2005, l’abbé Pierre (1912-2007), qui confie avoir eu des rapports sexuels avec des femmes, déclare à propos du mariage supposé de Jésus et de Marie-Madeleine : « Cette hypothèse ne trouble nullement ma foi. Autrement dit, je m’élève contre ceux qui affirment qu’il est impossible que Jésus ait eu des relations sexuelles au nom de sa divinité ».


5.6 Citations

Ne me touchez pas, parce que je ne suis pas encore remonté vers mon Père. O Sainte femme (Marie-Madeleine, ndlr) qui avez saisi les pieds du Seigneur pour qu'il vous emporte vers le Père ! C'est une race nouvelle qu'il emportera : Eve qui désormais ne s'égare plus, mais saisit de toutes ses forces l'arbre de vie. Après cela le Christ l'envoie comme apôtre aux apôtres. O merveilleux renversement : Eve devient apôtre. (Hippolyte de Rome + 235)

Puisque c'est par une femme que fut inaugurée la séparation d'avec Dieu par la désobéissance, il convenait qu'une femme fût aussi le premier témoin de la Résurrection, afin que la catastrophe qui avait résulté de la désobéissance fût redressée par la foi dans la Résurrection. (Grégoire de Nysse + 394)

De même qu'au début la femme fut l'instigatrice du péché pour l'homme, l'homme consommant l'erreur ; de même à présent celle qui avait goûté la première à la mort a vu la première la Résurrection. Selon l'ordre de la faute, elle fut la première au remède ; elle compense le désastre de l'antique déchéance par l'annonce de la Résurrection. Les lèvres de la femme avaient autrefois donné passage à la mort, les lèvres de cette femme rendent la vie. (Ambroise de Milan + 397)

Marie Madeleine, après être venue au tombeau sans y trouver le corps du Seigneur, crut qu'on l'avait enlevé et porta cette nouvelle aux disciples. Une fois venus, ceux-ci constatèrent et ils crurent qu'il en était comme elle l'avait dit. L'Évangile note aussitôt : « Après cela, les disciples rentrèrent chez eux. » Puis il ajoute : « Mais Marie restait là dehors, à pleurer. » A ce sujet, il faut mesurer avec quelle force l'amour avait embrasé l’âme de cette femme qui ne s'éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l’avaient quitté. Elle recherchait celui qu'elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu'elle croyait enlevé. C'est pour cela qu'elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l'efficacité d'une œuvre bonne tient à la persévérance, et la Vérité dit cette parole : « Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » Elle a donc commencé par chercher, et elle n'a rien trouvé ; elle a persévéré dans sa recherche, et c'est pourquoi elle devait trouver ; ce qui s'est produit, c'est que ses désirs ont grandi à cause de son attente, et en grandissant ils ont pu saisir ce qu'ils avaient trouvé. Car l'attente fait grandir les saints désirs. Si l'attente les fait tomber, ce n'étaient pas de vrais désirs. C'est d'un tel amour qu'ont brûlé tous ceux qui ont pu atteindre la vérité. Aussi David dit-il : « Mon âme a soif du Dieu vivant : quand pourrai-je parvenir devant la face de Dieu ? » Aussi l'Église dit-elle encore dans le Cantique des cantiques : « Je suis blessée d'amour. » Et plus loin : « Mon âme a défailli. » Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » On lui demande le motif de sa douleur, afin que son désir s'accroisse, et qu'en nommant celui qu'elle cherchait, elle rende plus ardent son amour pour lui. Jésus lui dit : « Marie. » Après qu'il l'eut appelée par le mot banal de « femme », sans être reconnu, il l'appelle par son nom. C'est comme s'il lui disait clairement : « Reconnais celui par qui tu es reconnue. Je ne te connais pas en général, comme les autres, je te connais d'une façon particulière. » Appelée par son nom, Marie reconnaît donc son créateur et elle l'appelle aussitôt « Rabboni, c'est-à-dire maître », parce que celui qu'elle cherchait extérieurement était celui-là même qui lui enseignait intérieurement à le chercher. (Grégoire le Grand + 604, Sur l'Evangile de Jean 3)

Femme (Madeleine, ndlr), pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Celui que tu cherches, tu le possèdes et tu ne le sais pas ? Tu as la vraie et l’éternelle joie, et tu pleures ? Elle est au plus intime de ton être et tu cherches au dehors. Ton cœur est mon tombeau. Je n’y suis pas mort, mais j’y repose vivant pour toujours. (D’un moine inconnu du 13ème s.)

Il y a trois saints qui m'ont agréé par-dessus tous les autres : sainte Marie, ma mère, saint Jean-Baptiste et sainte Marie-Madeleine (Notre-Seigneur à Brigitte de Suède + 1373, Revelationes S. Birgittae, Lib. IV, cap. 108).

Sa pénitence est amour, son désert est amour, sa vie est amour, sa solitude est amour, sa croix est amour, sa langueur est amour et sa mort est amour. Je ne vois qu'amour en Madeleine. Je ne vois que Jésus en son amour, je ne vois que Jésus et amour dans son désert. (Cardinal Pierre de Bérulle + 1629)

Avec son intuition, Madeleine a compris que Jésus voulait "la re-créer", pas seulement couvrir ses péchés par une opération de maquillage : et c'est précisément elle, qui avait eu le courage de donner « leur nom et leur prénom » à ses péchés... (Pape François, 5 décembre 2016)


5.7 Dictons météorologiques

A la Sainte-Madeleine, il pleut souvent,
Car elle vit son maître en pleurant.

A la Madeleine la noisette est pleine (Bresse)

A la Madeleine la noix est pleine. (Saintonge)


Notes
1 Selon la tradition arménienne, la cathédrale Saint-Jacques de Jérusalem abrite depuis le 4e siècle la tête de Jacques le Majeur décapité par Hérode Agrippa Ier en 44. Sa tête est enterrée sous le pavement actuel d’une petite pièce située au nord de la nef de l’église.
2 http://www.maxisciences.com/baiser/quelles-sont-les-origines-du-baiser_art12978.html
3 missel.free.fr/Sanctoral/07/22.php
4 Jacques de Voragine, archevêque de Gênes (1230-1298), La légende dorée
; http://laosophie.over-blog.com/2017/08/les-saintes-maries-de-la-mer-dans-le-languedoc-visite-de-la-vierge-et-de-marie-madeleine.html
5 La navette (= petite nef), cette pâtisserie provençale généralement préparée pour la Chandeleur à la place des crêpes, notamment à Marseille, et dont la forme évoque celle d'une barque, représenterait la barque qui amena les Saintes Maries sur les côtes de Provence.
6 In gloria martyrium, ch. 29, P.L., t. 71, c. 731
7 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1864-1890
8 http://www.histoire-christ-gnose.org
9 Gaëtane de Lansalut, Le Monde des Religions, juillet/août 2007
10 Histoire ecclésiastique 3, 11. Le nom de Clopas est cité dans l'Évangile selon Jean(19, 25) : "Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie de Clopas et Marie de Magdala". Clopas est parfois confondu avec Cléophas, l'un des disciples qui ont rencontré Jésus ressuscité à Emmaüs (http://fr.wikipedia.org/wiki/Clopas).
11 Sainte-Énimie (48) doit son nom à une abbesse légendaire, Enimie ou Enémie, sœur de Dagobert Ier, la princesse lépreuse, qui aurait fondé, au VIIe siècle, un monastère, autour duquel le village se développa.
12 Pèlerins de saint Jacques, Louis Mollaret, Editions Jean-paul Gisserot, 2003, page 20.
13 http://jesusmarie.free.fr/vie_des_saints_martyrs_chretiens_vol_3.htm#_Toc90635648. Grand livre des saints : culte et iconographie en Occident De Jacques Baudoin, page 338, EDITIONS CREER, 2006.
14 Anciennes litteratures chretiennes II de D. Rubens, page 127.

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : compilhistoire.fr ; reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

Date de mise à jour : 27/06/2024

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