Félix IV (III)

Félix est originaire du Samnium (Bénévent).
Il est désigné comme pape par le roi des Ostrogoths, Théodoric.
Durant son pontificat, du 12 juillet 526 au 22 septembre 530 (+), Félix IV (III) 1 entretient plutôt de bons rapports avec la cour de Ravenne où réside le nouveau roi, Athalaric. 4
Avec le second concile d'Orange (529), il condamne le semi-pélagianisme.
Avec l'évêque d'Antioche, Éphrem, Félix soutient Théodose le Cénobiarque, l'archimandrite des monastères palestiniens cénobitiques, dans son opposition au monophysisme imposé dans les Églises d'orient depuis l'empereur Anastase I 4.
On lui doit la construction, à Rome, de la basilique dédiée aux Saints Côme et Damien.
Sous son pontificat, les ordres monastiques prennent leur essor en Italie ; l’abbaye du Mont Cassin est construite.
Saint Félix IV (III) est fêté le 12 octobre.


526. 12 juillet, Félix est imposé comme pape par le roi des Ostrogoths, Théodoric, qui mourra le 30 août (son petit-fils Athalaric lui succèdera).

527. 1er avril, Justin Ier, sérieusement malade, couronne son neveu Justinien comme empereur romain d'Orient. Les empereurs Justin et Justinien, promulguent contre les sectaires une loi édictant la peine capitale (elle est implacablement mise à exécution par les autorités civiles et ecclésiastiques). 17 mai, le concile de Tolède décide la création d’écoles pour l’enseignement chrétien. 1er août, mort de Justin Ier : début du règne de Justinien Ier. 15 septembre, le divorce est autorisé dans l'Empire byzantin. 6 novembre, Césaire d’Arles préside le concile de Carpentras.

529. En avril, Bélisaire est nommé magister militum pour l'Orient par l'empereur Justinien. 7 avril, promulgation du code de Justinien (codex Iustinianus) 5. 12 mai, arrivée à Antioche d'Hermogène, envoyé par Justinien pour négocier la paix avec les Perses ; le roi sassanide Kavadh Ier rejettera ses propositions en juillet. L’empereur Justinien, chrétien fervent, ferme l’école philosophique d’Athènes (pensée païenne) et fait édifier la basilique de Sainte-Marie-La-Neuve et un grand hôpital à Jérusalem. En juin, en Palestine, révolte sanglante des Samaritains contre les chrétiens ; elle est réprimée par le roi des Ghassanides, Al-Harith, allié de Byzance (100 000 victimes, selon Procope) ; la basilique de la Nativité, endommagée, sera restaurée par Justinien en 531. Benoît de Nursie fonde le monastère du Mont Cassin 2. 3 juillet, le 2e concile d’Orange (présidé par Césaire d'Arles) précise le dogme du péché originel et la nécessité de la grâce pour les débuts de l’acte de foi, le désir de salut et la prière ; il condamne le semi-pélagianisme et affirme que tous les baptisés ont la possibilité d’accomplir, avec la coopération de Dieu, ce qui est nécessaire au salut de leur âme ; « Rien de bien, l'homme ne peut sans Dieu. Beaucoup de bien, Dieu fait en l'homme, que l'homme ne fait pas ; aucun bien l'homme ne fait, sinon celui que Dieu veut ») ; il souscrit à des articles rédigés par ordre du Saint-Siège et touchant la grâce et le libre arbitre et donne une formulation théologique de la grâce telle qu'elle a été prônée par Augustin d'Hippone, contre ceux qui, comme Jean Cassien, Faust de Riez et Vincent de Lérins, donnent un rôle plus important au libre arbitre 3. 5 novembre, le concile de Vaison, présidé par Césaire d'Arles, introduit en France le Kyrie eleison en usage dans les Eglises d’Orient, recommande au clergé la création d'une école par évêché et autorise aux simples prêtres de prêcher en milieu rural.

530. Sentant sa fin approcher, Félix IV nomme son successeur : Boniface II ; 22 septembre, mort du pape, inhumé au lieu où se trouve l'actuelle basilique Saint-Pierre.


Notes
1 Félix II (355-358) était autrefois considéré comme un pape légitime : les deux numéros suivant les noms de Félix III (II) et Félix IV (III), indiquent que Félix II était légitime (premier numéro) ou ne l'était pas (second numéro) ; le numéro utilisé correspond à l’acceptation ou au rejet de l’hypothèse ancienne.
2 BENOIT DE NURSIE, né vers 480, est un jeune noble de Nursie, en Ombrie. A 15 ans, on l’envoie à Rome faire ses études, accompagné de sa nourrice. Rome est terrible aux âmes pures : tentations charnelles, tentations intellectuelles et politiques. Benoît s’enfuit, car c’est Dieu seul qu’il cherche, et il ne veut pas courir le risque de le perdre. Il aboutit à une caverne de Subiaco, où un ermite accepte de lui servir de guide dans sa quête de Dieu seul. Benoît médite : quelle est la meilleure façon de vivre, pour trouver Dieu ? Sa réputation de saint homme grandit et le peuple en foule accourt pour le voir. Les moines d’un monastère voisin l’appellent à leur tête. Bien mal leur en a pris : Benoît veut les sanctifier, et pour ce faire les réformer. Déroutés par ses exigences, les moines tentent de l’empoisonner : un prêtre, qui s'appelle Florent, qui en est arrivé à haïr Benoît, lui envoie un pain empoisonné. Mais le saint donne le pain à un corbeau avec ordre de le porter là où personne ne peut le trouver. Le corbeau refuse de prendre ce pain empoisonné mais Benoît lui assure qu'il n'en subira aucun dommage. Le corbeau prend alors le pain et disparaît pendant trois jours après lesquels il revient pour trouver sa pitance au monastère. Benoît retourne à sa caverne. Des disciples lui viennent, mieux disposés. Il les organise en prieurés et rédige vers 534 la première règle bénédictine fondée sur les règles monastiques établies par Pacôme (v. 323), Basile (v. 370) et Augustin (397). On raconte qu’un jour où Frère Placide se noyait, Benoît ordonna à frère Maur (le futur saint patriarche de tous les moines d’Occident) de le retirer de l’eau ; ce que fit Maur aussitôt, en marchant sur l’eau… La jalousie d’un prêtre chasse Benoît et ses frères : ils se réfugient au mont Cassin. C’est là, dans ce premier monastère qu’il meurt vers 547 durant la prière, appuyé sur ses frères. Ses ossements et ceux de sainte Scholastique, sa sœur jumelle, sont emmenés à Saint-Benoît-sur-Loire (anciennement Fleury-sur-Loire) où leurs reliques se trouvent encore. L’expansion de la Règle bénédictine est immense ; elle est reprise et codifiée par st Benoît d’Aniane (la fameuse règle de saint Benoît). Saint Benoît de Nursie, fêté le 11 juillet, est, avec Cyrille et Méthode, patron de l’Europe. "Quand tu entreprends une bonne action, demande-Lui, par une très instante prière, qu'Il la parachève. Alors Celui qui a déjà daigné nous compter au nombre de ses fils n'aura pas un jour à s'attrister de nos mauvaises actions" (Règle de saint Benoît, Prologue). – Que Dieu tout puissant te pardonne, ma sœur ! Qu’as-tu fait là ! – Voilà, je t’ai prié, tu n’as pas voulu m’entendre. J’ai prié mon Seigneur, et il m’a écoutée (Dialogue entre saint Benoît et sainte Scholastique, sa soeur jumelle, selon saint Grégoire le Grand).
3 2e concile d’Orange : "Canon 1. Quiconque dit que par la faute de la prévarication d'Adam, l'homme n'est pas amoindri en tout son être, c'est-à-dire en son corps et en son âme, mais croit que le corps seul est soumis à la corruption, tandis que la liberté de l'âme demeure intacte, trompé par l'erreur de Pélage, il se met en contradiction avec l'Ecriture qui dit : L'âme qui aura péché périra ; et : Ignorez-vous que, si vous vous livrez à quelqu'un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez ? et : On est esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre.
Canon II. Quiconque affirme que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance, ou enseigne que seule la mort du corps, qui est la punition du péché, mais non le péché lui-même, qui est la mort de l'âme, a été transmise par un seul homme à tout le genre humain, celui-là ne rend pas justice à Dieu et se met en contradiction avec l'Apôtre qui a dit : Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort ... et ainsi la mort a passé dans tous les hommes parce que tous ont péché.
Canon III. Quiconque dit que la grâce peut être conférée à la suite de la prière de l'homme, mais que ce n'est pas la grâce qui fait qu'elle soit demandée par nous, contredit le prophète Isaïe ainsi que l'Apôtre qui le cite : J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas et je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas.
Canon IV. Quiconque prétend que c'est Dieu qui attend notre volonté pour nous purifier de nos péchés, et nie que ce soit l'inspiration et l'infusion du Saint-Esprit en nous qui fait que nous voulions être purifiés, celui-là résiste au Saint-Esprit lui-même qui a dit par la bouche de Salomon : La volonté est préparée par Dieu, et aussi à l'Apôtre qui, dans un salutaire enseignement, affirme que : C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir.
Canon V. Quiconque dit que l'augmentation et le commencement de la foi, ainsi que l'attrait vers la croyance, par lequel nous croyons en celui qui justifie l'impie et parvenons à la régénération du saint Baptême, sont en nous, non par un don de la grâce, c'est à dire par une inspiration du Saint-Esprit corrigeant notre volonté en l'amenant de l'infidélité à la foi, de l'impiété à la piété, mais bien par notre nature, celui-là se montre adversaire des enseignements apostoliques, car le bienheureux Paul a dit : Nous avons confiance que celui qui a commencé en nous la bonne oeuvre, l'achèvera jusqu'au jour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et encore : Il nous a été donné à l'égard du Christ non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui. Et encore : C'est par la grâce que vous avez été sauvés par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous ; c'est le don de Dieu. - Donc, ceux qui disent que la foi par laquelle nous croyons en Dieu est un effet de la nature sont obligés d'admettre que tous ceux qui sont étrangers à l'Eglise du Christ sont d'une certaine façon des fidèles.
Canon VI. Quiconque dit que la miséricorde est conférée sans une grâce de Dieu, en raison de notre foi, de notre vouloir, de notre désir, de nos efforts, de notre travail, de nos prières, de nos veilles, de nos aspirations, de nos recherches, de notre assiduité à frapper, et que ce n'est pas l'infusion et l'inspiration du Saint-Esprit en nous qui fait que nous croyons, que nous voulons et que nous devenons capables de faire toutes ces choses comme il convient ; quiconque fait dépendre l'aide de la grâce de l'humilité et de l'obéissance humaine et n'admet pas que c'est par le don de la grâce que nous devenons obéissants et humbles, celui-là résiste à l'Apôtre disant : Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis.
Canon VII. Quiconque affirme pouvoir par la seule force de nature concevoir, comme il convient, une bonne pensée visant le salut de la vie éternelle, ou la choisir, ou donner son assentiment à la salutaire prédication de l'Evangile, sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit, qui donne à tous la suavité de l'assentiment à la vérité de la foi, celui-là est trompé par un esprit d'hérésie et ne comprend pas la parole de Dieu déclarant dans l'Evangile : Sans moi vous ne pouvez rien faire, ni celle de l'Apôtre : Ce n'est pas que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes, mais notre aptitude vient de Dieu.
Canon VIII. Quiconque prétend que les uns peuvent parvenir à la grâce du baptême par un effet de la miséricorde, les autres par le libre arbitre, dont il est avéré qu'il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, démontre qu'il est étranger à la vraie foi. Il affirme, en effet, que ce libre arbitre n'a pas été affaibli en tous par le péché du premier homme, ou bien il croit qu'il a été lésé de telle manière que certains hommes puissent encore par eux-mêmes, sans révélation divine, acquérir le mystère du salut éternel. Le Seigneur lui-même enseigne que cette doctrine est contraire à la vérité, lui qui témoigne qu'aucun homme ne peut venir à lui si le Père ne l'attire point ; comme il a également dit à Pierre : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car la chair et le sang ne te l'ont pas révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. L'Apôtre dit aussi : Nul ne peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est en l'Esprit Saint.
Canon IX. C'est par un don de Dieu que nous avons de bonnes pensées, et que nous préservons nos pas des faussetés et de l'injustice, car chaque fois que nous faisons le bien, c'est Dieu qui fait en nous et avec nous que nous le fassions.
Canon X. Les régénérés et les saints doivent eux aussi toujours implorer l'aide de Dieu afin de pouvoir parvenir à une bonne fin, et pouvoir persévérer dans le bien.
Canon XI. Nul ne peut consacrer dignement quoi que ce soit à Dieu, s'il n'a reçu de lui ce qu'il veut lui consacrer, ainsi qu'il est écrit : Ce que nous avons reçu de ta main, nous te le donnons.
Canon XII. Dieu nous aime tel que nous serons par sa grâce, non tel que nous sommes par notre mérite.
Canon XIII. La liberté de la volonté qui a été affaiblie dans le premier homme ne peut être réparée que par la grâce du baptême : une chose perdue ne peut être rendue que par celui qui a pu la donner. C'est pourquoi la Vérité elle-même dit : Si le Fils nous a délivrés, alors vous êtes vraiment libres.
Canon XIV. Aucun malheureux ne peut être délivré de quelque misère que ce soit, si la miséricorde de Dieu ne le prévient ainsi que le dit le psalmiste : Que la compassion vienne au-devant de moi ; et : Mon Dieu, sa miséricorde viendra au-devant de moi.
Canon XV. L'état d'Adam, tel que Dieu l'avait formé, a été changé, mais en pis, par son iniquité ; l'état du fidèle, tel que le péché l'a établi, est changé, mais en mieux, par la grâce de Dieu. Le premier de ces changements est l'oeuvre du premier pécheur ; le second, selon le Psalmiste est l'oeuvre de la droite du Très-Haut
"
(missel.free.fr/Sanctoral/08/26.php).
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_IV
5 Le corpus iuris (ou juris) civilis (littéralement Corpus de droit civil) est la plus grande compilation du droit romain antique. Le premier volet du corpus date de 529, la seconde version de 534. Il est composé de quatre éléments : le Codex Iustinianus ou code justinien, un recueil des compilations impériales (Codes Grégorien, Hermogenien et Théodosien), le Digeste, recueil de citations de juristes romains de la République ou de l'Empire romain, les Institutes (ouvrage destiné aux étudiants, il permettait l'apprentissage du droit romain) et les Novelles, recueil des nouvelles constitutions de Justinien Ier. Le code justinien réforme l'administration ; la réforme est menée par le préfet du prétoire Jean de Cappadoce pour lutter contre la corruption des fonctionnaires.

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : compilhistoire.fr ; reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

Date de mise à jour : 16/06/2024

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