Grégoire III

Grégoire, d’origine syrienne (Phénicie), prêtre de Rome, est pape du 11-2-731 au 28-11 ou 10-12-741.
Grégoire III inaugure son pontificat en multipliant les relations avec les chefs spirituels et civils.
Il envoie le pallium à l’évêque Boniface et lui confie le soin de fonder de nouveaux diocèses en Allemagne. Au cours de son pontificat, le roi des Saxons se rend en pèlerinage à Rome. A son retour dans son pays, il ordonne une contribution annuelle appelée obole de Saint-Pierre.
Grégoire poursuit l’évangélisation des pays germaniques : dans une lettre adressée à Boniface, l’apôtre de l’Allemagne, il lui prescrit tout ce qu’il doit faire pour ménager les usages déjà existants (en particulier un baptême sous forme d’ablution d’eau) et les concilier avec le christianisme.
Des Saxons, qui voulaient renouer avec leur ancienne religion, ayant massacré des prêtres chrétiens et mangé du cheval le même jour, les foudres de Rome s’abattent sur cet aliment immonde et exécrable (immundum enim est et exsecrabile) déclare Grégoire III, cité par Isidore Geoffrey Saint-Hilaire ; après Grégoire, les papes du VIIIe siècle lutteront contre l’hippophagie.
Grégoire continue contre l'empereur Léon III et les iconoclastes la lutte de son prédécesseur.
Il fait appel à Charles Martel contre les Arabes, les Frisons (733), l’empereur grec et les Lombards de Liutprand qui ont assiégé Rome et pillé la basilique de Saint Pierre au Vatican (Charles Martel refuse de combattre ces derniers qui le soutiennent contre les Sarrasins ; Grégoire se console en étendant son autorité sur l’exarchat de Ravenne en rébellion contre les Grecs).
Grégoire décide que seront fêtés tous les saints.
Surnommé l’ami des pauvres et des misérables et remarquable par sa vertu et sa culture, saint Grégoire III est fêté le 10 décembre.

"Pape, syrien d'origine, il fut choisi comme évêque de Rome d'une manière unanime par le clergé et le peuple. Il tenta de ramener à la saine doctrine les iconoclastes de l'empereur Léon l'Isaurien. Il dut faire appel à Charles Martel pour se dégager du roi des Lombards Liutprand qui avait assiégé Rome et pillé la basilique de Saint Pierre au Vatican ; c'est ainsi que se nouèrent les premiers liens entre la France et la papauté (...) Saint Grégoire III, pape (...) eut le souci de faire prêcher l’Évangile aux Germains et, pour s’opposer aux iconoclastes, orna les églises de Rome d’images saintes" 1.


731. 11 février, élection du pape par le clergé et le peuple de Rome unanimes. 13 mars, intronisation du pape. 16 juillet, sur ordre de l’empereur de Chine, Xuanzong, un évêque manichéen compose le Catéchisme de la religion du Buddha de Lumière, Mani (Moni guangfo jiao fa yi liüe) : ce texte, adroit mélange de taoïsme, de bouddhisme et de manichéisme et présentant Laozi et Sakya-muni comme des précurseurs ou des avatars antérieurs de Mani, est destiné à renseigner les autorités sur les dogmes, les Écritures, la discipline de la secte afin de la faire agréer officiellement ; en 732, un édit accordera la liberté de culte à la doctrine de Mo-mo-ni (Mar Mani).

732. 18 juin, partis de Navarre (le 2 mars) et commandés par l’émir de Cordoue et gouverneur d'Al-Andalus, Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghâfiqi, les musulmans prennent Bordeaux, ravagent Saintes, Périgueux, Agen et Angoulême et marchent sur Saint-Martin-de-Tours, attirés par la riche abbaye, mais apprenant l'approche des troupes de Charles Martel, ils se replient sur Poitiers où ils pillent et incendient la basilique Saint-Hilaire. 25 octobre 732, premier jour du Ramadan, BATAILLE DE POITIERS (bataille de Tours pour les Anglo-Saxons, bataille du Pavé des Martyrs pour les Arabes) : Charles Martel, venu de Germanie à l’appel d'Eudes d’Aquitaine (Bordeaux a été brûlée et mise à sac), à la tête de Francs et de Burgondes et une armée d'Aquitains (Vascons) commandée par Eudes, mettent en déroute les Arabes à Moussais (commune de Vouneuil sur Vienne 86) sur la voie romaine de Poitiers à Tours : l'émir Abd al-Rahmân ("Le paradis est devant, l’enfer est derrière") est tué par une flèche ; après la bataille qu’ils nomment Balat al-Shuhada (= Pavé ou Chaussée des martyrs), les Berbères évacuent l’Aquitaine ; le roi de France écrit au pape Grégoire III pour lui annoncer l’heureuse nouvelle : c’est de là que viennent à Charles Martel les titres de Très Chrétien et de Marteau de Dieu accordés par le pape et auxquels auront droit tous ses successeurs. Boniface, nommé archevêque par le pape, passe en Bavière où il reste de 732 à 741, exception faite d'un séjour qu’il fait à Rome (738-739) d’où il revient consolé, encouragé, éclairé et chargé de reliques pour les jeunes églises qu'il a fondées : il établit les évêchés de Salzbourg, Freising, Ratisbonne et Passau. 1er novembre, à Rome, un concile (193 évêques) condamne l’iconoclasme : les iconoclastes qui défigurent l’icône du Christ, de la Vierge Marie, des Apôtres et des Saints sont excommuniés ; tandis que le délégué du pape se dirige vers Constantinople en vue de confier à l’empereur le décret pontifical, il est arrêté par l’armée byzantine et mis en prison, d’autres délégués subissent le même sort ; l’attitude de l’empereur à l’égard des icônes entraîne l’immigration à Rome, des artistes ; c’est ainsi que l’art byzantin oriental s’est répandu en Occident, notamment à Rome où il fut encouragé par le Souverain Pontife.

733. L’empereur Léon III ampute le ressort de Rome, de la Sicile, de l’Illyricum et de la Crète. 26 juin, une flotte byzantine, envoyée pour mater la rébellion de l’exarchat de Ravenne contre les décrets iconoclastes, est dispersée par la tempête devant Ravenne ; les troupes qui parviennent à débarquer sont refoulées par les citadins. Charles Martel, auquel le pape vient de décerner le surnom de Marteau de Dieu, dépose et exile Eucherius, l'évêque d’Orléans, qui s'est opposé à la spoliation des biens de l’Église.

734. Charles Martel vainc les Frisons sur la rivière Borden (Boarn) et tue leur chef Poppon. Charles Martel soumet la Bourgogne et distribue domaines et abbayes à ses compagnons d’arme. Le gouverneur arabe de Narbonne, Youssef Ibn Abd-er-Rhaman, conclut un traité avec le duc de Provence, Maurontius, qui lui livre Arles et Avignon pour se défendre des incursions des Francs dans la vallée du Rhône.

735. Leucate, Charles Martel bat les Arabes.

736. Au printemps, Charles Martel envahit l'Aquitaine ; Hunald, fils d'Eudes, accepte de se soumettre en échange de sa reconnaissance comme duc d’Aquitaine. Charles Martel revient d’Aquitaine pour pacifier la Provence et la Bourgogne qui se sont révoltées avec l'aide des Arabes de Septimanie ; il soumet la vallée du Rhône jusqu’à Marseille, qu'il pille, et Arles. 6 août, Charles Martel vainc les Arabes à Sernhac près de Beaucaire.

737. 16 mars/30 avril, mort du roi Thierry IV : Charles Martel (qui a su profiter de la faiblesse du roi) ne juge pas utile de le remplacer et règne de 737 à sa mort en 741. Les Maures de Narbonnaise qui ont pris Avignon avec l’appui de Maurontius, étendent leurs ravages jusqu’à Lyon (au passage, ils saccagent Vienne) ; Charles Martel et son frère Childebrand reprennent Avignon, poursuivent les Maures jusqu’en Septimanie, soumettent Nîmes, Maguelonne et Béziers, mettent le siège devant Narbonne qu'ils ne peuvent prendre, et retournent en Austrasie.

738. Charles Martel bat les Saxons en Alémanie. Boniface est nommé légat pontifical en Allemagne.

739. 16 juin, le roi des Lombards, Liutprand, marche contre Rome et prend les villes frontières d'Ameria (Amelia), d'Horta (Orte), de Polimartium (Bomarzo) et de Blera. Les Arabes de Narbonne ayant repris Arles et Avignon, Charles, son frère Childebrand et son fils Pépin descendent de nouveau la vallée du Rhône, soumettent la Provence (le duc Maurontius s'enfuit dans les Alpes) et repoussent les Arabes avec l’aide des Lombards de Liutprand ; Charles Martel s’empare des biens du clergé mécontent.

740. Mort de Zayd ibn Ali ; les imams zaydites, ainsi nommés d’après Zayd ibn Ali, n’ont pas adopté la principale doctrine chiite de l’imamat.

741. 12 janvier, 42 moines d'Ephèse sont martyrisés pour la défense du culte des Saintes Images. 18 juin, mort de Léon III l'Isaurien, empereur byzantin : son fils Constantin V lui succède. 27 juin, Artavasdos, victorieux de Constantin V, se fait couronner à Constantinople par le patriarche Anastasius, avec son fils Nicéphore comme collègue, et restaure le culte des images ; Constantin V se replie à Amorion. Boniface regagne la Hesse où il établit l’évêché de Buraburg (remplacé sous Charlemagne par Paderborn) et la Thuringe où il établit évêchés d’Erfurt (remplacé sous Charlemagne par Halberstadt) et de Würzburg ; pour joindre ces terres neuves aux anciennes cités de Bavière, Boniface créé, aux confins de la Franconie et de la Bavière, le siège épiscopal d’Eichstadt. En octobre, Bataille de Oued Sebou : victoire des Berbères marocains sur une importante armée omeyyade envoyée sous l'ordre du calife de Damas pour briser la révolte ; le général Kulthum ibn Iyad est battu et tué au cours de la bataille. 22 octobre, mort de Charles Martel (qui a toujours refusé le titre de roi) après le partage du royaume entre ses fils, Pépin dit le Bref (bref étant une erreur de traduction du latin minor signifiant jeune et non pas petit) et Carloman : Pépin obtient Neustrie, Bourgogne et Provence, Carloman Ier Austrasie et Thuringe (le 22 octobre est le jour de la fête nationale de l’Etat du Vatican). 28 novembre ou 10 décembre, mort du pape.


Note
1 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/9549/Saint-Gregoire-III.html

Sources


Pape suivant : Zacharie
Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : compilhistoire.fr ; reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

Date de mise à jour : 25/05/2024

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