Mazdéisme. Parsisme. Zoroastrisme

Le zoroastrisme, appelé aussi mazdéisme ou parsisme, l'un des plus vieux cultes monothéistes du monde, tire son nom du prophète Zoroastre, Zarathushtra ou Zarathoustra (dont la date et le lieu de naissance sont controversés : peut-être Ragès en Médie au VIIIe ou VIIe siècle av. J.-C. ; pour certains 650-583 av. J.-C. ?), mage à la cour du roi de Bactriane et réformateur de la religion iranienne antique dont les doctrines sont conservées dans les Gathas (hymnes métriques) qui forment une partie du recueil de textes sacrés appelé Avesta.
L’enseignement qu’il propagea repose sur la théologie dualiste du mazdéisme opposant Ahura Mazda (ou Ormuzd), le dieu du Bien, à Ahriman, le dieu du Mal, les fils jumeaux de Zurvān, le dieu primitif.
Selon Zarathoustra, il y a en tout homme une part de bien et une part de mal. L’homme, par la pureté de sa vie, de ses pensées, de ses paroles et de ses actes dont il rendra compte dans l’au-delà, doit contribuer au renforcement de la puissance du Bien pour que diminue celle du Mal.
Zoroastre était célèbre durant l'Antiquité pour avoir fondé la religion des Mages.
Zoroastre aurait été assassiné à l'âge de 77 ans alors qu'il était en plein recueillement. Ses trois fils instituèrent les 3 classes sociales : prêtres, guerriers et agriculteurs.


Faravahar, la fravarti (l'Ange) qui se trouve dans la sphère du Soleil ; l'homme-oiseau dont les ailes géantes symbolisent le code de bonne conduite du zoroastrisme : "bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions" ; Temple du feu, Anjuman, Bombay

Les principes fondamentaux des Gathas reposent sur le culte d'Ahura Mazda (le Seigneur de Sagesse ou le Maître du Savoir) et sur un dualisme éthique opposant Vérité (Asha) et Mensonge à travers tout l'Univers. Les Gathas et quelques éléments tardifs de l’Avesta établissent le caractère monothéiste de la croyance prêchée par Zarathushtra.
La divinité suprême, Ahura Mazda, désirant le bien, a créé à la fois le bonheur et le malheur 1.
L’Esprit mauvais n’est pas l’adversaire du créateur unique, mais seulement de l’Esprit bienfaisant. D’ailleurs, la lutte aura un terme : la victoire ultime du Bien sur le Mal.
Tout le Bien procède des émanations d'Ahura Mazda qui lui donnent forme et existence : Spenta Mainyu (l'Esprit saint, la force créative) prend six aspects différents (3 masculins et 3 féminins). Ces aspects devinrent six dieux différents (Vohu Manah = Bon Esprit ; Asha Vahista = Vérité, justice ; Kshatra Vairya = Pouvoir, Empire divin ; Spenta Armaïti = Dévotion, sagesse ; Haurvatat = Santé, Eau ; Amretât = Vie, Jouvence) puis leur nombre s’accrut : par exemple avec Mithra, le dieu du Soleil.
Tout ce qui est Mauvais provient du mauvais jumeau de Spenta Mainyu : Angra Mainyu (Esprit Diabolique ; en persan Ahriman) et de ses assistants. Angra Mainyu est mauvais par choix, car il s'est allié au Mensonge, tandis que Spenta Mainyu a choisi la Vérité.
De la même façon, les hommes doivent opérer ce choix fondamental. Après la mort, l'âme de chacun est jugée sur le Pont du Jugement ; seuls les partisans de la Vérité le traversent pour être conduits au Paradis ; les partisans du Mensonge tombent en Enfer.
À la fin des temps, tout mal est éliminé de la Terre dans un supplice de feu et de métal fondu.

II est possible que Zoroastre ait tenté la synthèse de deux systèmes religieux. Le premier, mis en évidence dans les Gathas, est un culte de la Sagesse et de ses émanations dont Asha (la Vérité). Le second consiste en un culte du dieu Ahura, protecteur d'Asha : il apparaît dans une autre partie de l'Avesta, le Haptanghaiti (Rituel des Sept Chapitres), rédigé également en vieil avestique, la langue des Gathas de Zoroastre. Dans les Sept Chapitres, des émanations ou entités divines, ainsi que diverses abstractions sacrées interviennent ; Ahura Mazda y reçoit l'épithète possédant Asha ; en revanche, le Mensonge et Angra Mainyu ne sont pas mentionnés. De nombreux objets naturels, des créatures mythiques et des esprits ancestraux y sont vénérés. Ahura Mazda y ressemble moins à la divinité unique de Zoroastre qu'au dieu Varuna (parfois appelé Asura = Seigneur) des anciens textes religieux indiens : les Rig-Veda.

Les ancêtres des Perses (c'est-à-dire un sous-groupe aryen des peuples indo-européens) et les envahisseurs du Nord de l'Inde partageaient la même origine et on peut supposer qu'ils adorèrent un certain nombre de divinités communes.
L'Ahura Mazda des Sept Chapitres possède des femmes appelées Ahuranis, lesquelles, à l'instar des Varunanis de Varuna, sont nuages, pluie et eaux.
Ahura possède Asha, de même que Varuna protège Rita (ordre cosmique équivalent d'Asha ; en vieux perse Arta).
Le nom d'Ahura Mazda est parfois associé à celui de Mithra ; dans les Veda, les noms de Mithra et Varuna sont également associés.
Les Sept Chapitres vénèrent aussi Haoma (en védique : Soma), une plante divinisée d'où l'on tirait une préparation hallucinatoire.
Le culte des ancêtres, des esprits de la nature et d’autres divinités (par exemple le dieu du Feu, appelé Agni par les hindous) possède également un équivalent védique.
Les Gathas et les Sept Chapitres ne constituent qu'une partie du grand texte de sacrifice rituel appelée Yasna. Le reste fut rédigé dans une langue plus tardive, l'avestique récent. On possède en outre un ensemble d'hymnes rédigés en moyen perse qui rendaient hommage à diverses divinités, dont Anahita, déesse des eaux et de la fertilité probablement empruntée (tout comme la coutume des mariages incestueux) aux Elamites.
La dernière partie de l’Avesta, le Videvdat, fut rédigée après la conquête de la Perse par les Grecs, au IVe siècle av. J.-C. ; il présente l'ensemble des prescriptions et interdits de la loi pour la vie quotidienne (un peu à la façon du Lévitique). II reflète les coutumes attribuées par l'historien grec Hérodote aux Mages, caste de prêtres d'origine mède : c'est, par exemple, l'exposition des cadavres aux vautours sur les tours du silence, la protection accordée aux chiens ou le massacre systématique des reptiles.

Darius Ier (522-486) fut probablement le premier roi perse à adopter le zoroastrisme. Les inscriptions qu'il a laissées sont emplies de louanges en l'honneur d'Ahura Mazda ; il parut en outre considérer le Mensonge comme une force mondiale. Après lui, son fils Xerxès Ier puis Artaxerxés Ier (qui régna de 465 à 425 av. J.-C.) furent également des fidèles d'Ahura Mazda. Sous leurs règnes s'opéra sans doute une synthèse des enseignements de Zoroastre et du polythéisme antique, reflétée dans le syncrétisme des Yasht. Un Yasht est un texte écrit en avestique invoquant une divinité zoroastrienne ; 21 Yasht, écrits à l'époque Sassanide vers le ve siècle, invoquent chacun une divinité ou un concept zoroastrien spécifique.
Sous Artaxerxés II (qui régna de 404 à 358 av. J.-C.), le culte iranien, qui avait jusque-là proscrit les images, ne renonça plus aux idoles (aux côtés d’Ahura Mazda, seule divinité mentionnée jusqu'alors, figurent les noms d'Anahita et de Mithra) et c'est probablement sous son règne que les premiers temples perses furent bâtis.
Sous la domination des Séleucides grecs (364-312 av. J.-C.), puis des Arsacides parthes (v. 250 av. J.-C. à 266 apr. J.-C.), des cultes aux dieux étrangers se développèrent à côté du zoroastrisme.
Ardachêr Ier, roi de Perse (224-241), de la nouvelle dynastie des Sassanides, rétablit le zoroastrisme comme religion de l’Etat.
Dans la théologie sassanide, Ahriman (Angra Mainyu) fut opposé à Ormuzd (Ahura Mazda), et non plus à Spenta Mainyu. Certains théologiens sassanides enseignèrent aussi qu'Ormuzd et Ahriman étaient les fils jumeaux du Temps Eternel (Zurvan Akarana), mais cette doctrine fut finalement rejetée.

Le lundi 26 février 277, Mani (ou Manès), fondateur du manichéisme, autoproclamé dernier prophète de la lignée des Zoroastre (ou Zarathoustra), Bouddha et Jésus, était mis à mort par le roi de Perse.

La Perse fut progressivement convertie à l'islam après la domination arabe au VIIe siècle. Le zoroastrisme survécut cependant dans de petites communautés de Guèbres (de Gabars, terme péjoratif adopté par les Arabes) dans les régions montagneuses du Yezd et de Kem. II en subsiste aujourd’hui environ 18 000 en Iran.
Les zoroastriens, sous le nom de Parsis (= littéralement Perses), émigrèrent nombreux vers l'Inde. Deux cent mille vivent aujourd'hui principalement dans la banlieue de Bombay. Ils récitent toujours la liturgie de l'Avesta et conservent les feux sacrés (le feu ne doit pas s'éteindre pour que perdure la religion zoroastrienne : "Ce feu est actif depuis plus de 1.500 ans. Pour qu'il ne meure jamais, deux personnes le surveillent jour et nuit par roulement", explique Simin, une jeune femme accueillant les visiteurs dans le "temple du feu" de Yazd, ville du centre de l'Iran. Toutes les précautions sont donc prises pour que "le feu ne soit jamais contaminé", indique Simin. Seul le prêtre peut s'approcher de la vasque où il se consume, un masque sur la bouche pour que son souffle ne le souille pas. Croyants et visiteurs le regardent derrière une vitre depuis une grande salle vide, dont le seul décor est un grand tableau représentant Zarathoustra). Mais de nos jours, ils préparent un haoma non hallucinatoire et ont dû abandonner certaines de leurs traditions, comme les "funérailles célestes" au sommet des "tours de silence", des monticules situés dans le désert, à la périphérie de Yazd. Ils y disposaient leurs morts pour qu'ils y soient dévorés par les oiseaux charognards, vautours et corbeaux en tête. Depuis l'interdiction de cette pratique pour raisons sanitaires à la fin des années 1960, le site déserté accueille les curieux et les zoroastriens enterrent leurs défunts dans un cimetière implanté à proximité.

En 1968, Jacques de Marquette et Paul du Breuil fondèrent le Mouvement néozoroastrien qui devint, en 1971, la Société d’Etudes Zoroastriennes, rattachée à la World Zoroastrian Organization de Londres.

Fin mars 2016, des adeptes du zoroastrisme inaugurent l'imposant temple Arbab Rustam Guiv Dar-e-Mehr dans la banlieue de New York. La plus antique religion monothéiste connaît un certain renouveau, notamment au Kurdistan irakien. Pour la première fois depuis plus de mille ans, les habitants de la région de Souleimaniyeh, deuxième ville du Kurdistan semi-autonome irakien, ont procédé le 1er mai 2015 à une cérémonie antique illustrant l'idée d'un renouveau. 4

Les Yezidi (ils se nomment eux-mêmes : Dasni), de langue kurde, qui vivent au nord de Mossoul (Irak), ont conservé une religion syncrétiste intégrant des éléments du paganisme chamanique, du mazdéisme, du zoroastrisme, du manichéisme, du judaïsme, du nestorianisme et de l'islam.

Norouz (le Nouvel an perse) est célébré par les iraniens le premier jour du printemps (certaines communautés le fête le 21 mars, d'autres le jour de l'équinoxe vernal, entre le 20 et le 22 mars). Norouz est célébré depuis au moins 3 000 ans et est profondément enraciné parmi les rituels et les traditions du zoroastrisme. Aujourd'hui, la fête de Norouz est célébrée dans de nombreux pays qui ont été des territoires ou qui ont été influencés par l'Empire perse : en dehors de l'Iran, on peut citer le Kurdistan, l'Afghanistan, des parties du Moyen-Orient aussi bien que dans les ex-républiques soviétiques du Tadjikistan, de l'Ouzbékistan, de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan et du Kirghizistan, pays dans lesquels la fête est appelée Navrouz. La fête est aussi célébrée en Inde par les Parsis zoroastriens et les hindous de la vallée du Cachemire qui appellent la fête Navreh et, en Chine, par les Salars de la province de Qinghai.

Tchaharchanbé-Souri appelé aussi Fête du feu, est célébré le mardi soir à la veille du dernier mercredi de l'année par les Iraniens depuis au moins 1 700 ans avant Jésus-Christ (c'est-à-dire depuis la première période du zoroastrisme) : des luminaires et décorations sont installés dans les grandes villes iraniennes ; les luminaires et le feu symbolisent l’espérance d’un éclaircissement, et d’un bonheur radieux pour l’année à venir. Les gens enflamment des tas de bois et sautent par-dessus le feu pour se purifier et chasser les mauvais esprits en lançant: "Je te donne ma couleur jaune" (celle de la maladie) et "je prends ta couleur rouge" (celle de la vie).

Préceptes mazdéens :

"Tout ce qui te répugne, ne le fais pas non plus aux autres" 2.
"La nature (humaine) est bonne seulement lorsqu'elle ne fait pas à autrui ce qui n'est pas bon pour elle-même" 3.


NOTES
1 « Yasna », LXV, 9 ; Dhalla, Zoroastrian Theology
2 Shayast-na-Shayast 13,29, vers 1000 avant JC
3 Dadistan-i Dinik, 94:5, vers 800 avant JC
4 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil16sem/semaine16/216nx2162amernordb.html


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : compilhistoire.fr ; reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

Date de mise à jour : 22/05/2024

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